Interview – Marcus : « On doit toujours batailler contre les préjugés pour arriver à imposer des choses »

Figure incontournable du jeu vidéo français, Marcus a accompagné plusieurs générations de joueurs, de la presse spécialisée à la télévision. À l’occasion du Paris Manga & Sci-Fi Show 2026, Geek-o-polis a rencontré celui qui continue, après près de quarante ans de carrière, à défendre sa passion avec autant d’humour que de conviction. Entre disparition de Game One, renaissance de La Team et reconnaissance culturelle du jeu vidéo, l’animateur n’a rien perdu de son enthousiasme.
Il y a des personnalités qui semblent avoir toujours fait partie du paysage vidéoludique français. Marcus est assurément l’une d’entre elles. Pour ceux qui ont grandi devant Game One, difficile d’oublier les parties parfois chaotiques de Level One, son humour et cette proximité avec les téléspectateurs qui a traversé les décennies. Mais réduire Marc Lacombe à son personnage télévisuel serait oublier son parcours dans la presse spécialisée, ses passages chez Nolife et sa participation à l’histoire du jeu vidéo à la télévision. À Paris Manga, nous avons eu l’occasion de discuter avec lui de cette carrière atypique, de l’avenir de ses émissions et de son regard sur une industrie qu’il connaît depuis ses premiers balbutiements.
Une nouvelle aventure après Game One
Geek-o-polis : Bonjour Marcus ! Comment vas-tu en cette édition de Paris Manga ?
Marcus : Ça va super ! On est à Paris Manga, il y a beaucoup de monde cette année et je suis très content de voir ça. Il y a plein de petits amis, donc je prends le temps de recevoir chacun et de papoter un peu.
C’est un vrai plaisir parce qu’il y a des gens qui me regardent depuis qu’ils sont tout petits. On a plein de choses à se dire depuis le temps. Donc c’est chouette !
Geek-o-polis : Avec la fermeture de Game One, ton actualité a pas mal évolué ces derniers mois. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Marcus : Comme tu le sais peut-être, Game One a fermé en décembre dernier. Évidemment, avec l’équipe, on ne voulait pas se laisser faire.
On n’a pas pu sauver Game One, toutes les émissions et tout ce qu’il y avait autour. Mais on a pu sauver une émission qui s’appelait Team G1, qui nous permettait de nous retrouver tous ensemble, avec Julien Tellouck, Kayane, Genius, Sora, Anh Phan, Thomas Grellier, Shyvanah et les autres.
On voulait rester ensemble. Donc on a sauvé cette émission en créant notre propre chaîne Twitch dans un premier temps. Et ça a très bien marché ! Les spectateurs étaient au rendez-vous. Ça a beaucoup plu à France Télévisions et on a rejoint le groupe à la rentrée.
Désormais, l’émission s’appelle La Team. Elle est diffusée sur la chaîne Twitch de France TV Slash, ainsi que sur leur chaîne YouTube, avec les replays. Et bientôt, je pense, il pourrait y avoir une rediffusion sur France 4, sans doute en deuxième partie de soirée.
C’est génial parce que ça fait très longtemps qu’il n’y a pas eu d’émission de jeux vidéo sur une chaîne nationale gratuite. Il y avait Micro Kid’s, et puis Le Journal des jeux vidéo de Fred Moulin sur Canal+, qui était super, mais ce n’était pas accessible gratuitement à tout le monde.
On est vraiment super contents. Ça se passe très bien avec France Télévisions. Ils sont très encourageants, ils nous aident beaucoup et nous laissent faire ce qu’on veut.
Ils suggèrent aussi des idées qui nous plaisent beaucoup, donc on les applique ! Là, on en est à la troisième émission et ça se passe très, très bien.
Marcus, le fossoyeur des médias vidéoludiques ?
Geek-o-polis : Je t’ai connu à l’époque des débuts de Game One, mais également sur Nolife. Finalement, avec toutes ces chaînes qui ont disparu, tu es un peu un fossoyeur des médias vidéoludiques !
Marcus : Ah, exactement ! Mais tu sais que j’ai fermé Tilt avant, et Micronews, et Player One ! (Rires)
Oui, en presse écrite aussi, c’est vrai ! Malheureusement, les fermetures, ça commence avec Tilt. Et ce n’est quand même pas rien ! C’était l’un des premiers magazines de jeux vidéo en France, peut-être même au monde. Je ne sais pas s’il y avait un équivalent ailleurs. C’est vrai que parfois, je me demande moi-même si je ne porte pas un peu la poisse ! Après, Nolife, par exemple, c’est une expérience incroyable qui aurait dû durer un an et qui a duré dix ans. Grâce à l’amour que les gens portaient à cette chaîne, ça a tenu très longtemps.
Tout ça, ce sont de belles expériences. C’est toujours triste quand ça s’arrête, bien sûr. Mais si c’est pour redémarrer sur quelque chose d’aussi bien, voire de mieux, ce n’est pas plus mal. Et là, je trouve que le fait d’arriver sur France TV avec une émission de jeux vidéo et de pop culture, c’est quand même un sacré exploit, mine de rien. Peut-être que ça va nous permettre, en plus des gens qui nous aimaient bien et qui nous suivaient depuis toujours, de toucher des gens qui ne nous connaissent pas du tout. Ils vont peut-être apprécier ce qu’on fait et découvrir le jeu vidéo et la pop culture grâce à une chaîne nationale.
Geek-o-polis : Et justement, avant Game One, il y avait aussi des émissions comme Télévisator, avec Cyril Drevet. Tu as finalement connu une grande partie de cette histoire du jeu vidéo à la télévision.
Marcus : Exactement ! Cyril, c’est un pote. On est tous les deux des vieux dinosaures du jeu vidéo ! Moi, je travaillais à Micro Kid’s avant même Télévisator, d’ailleurs. Si tu regardes bien l’histoire du jeu vidéo à la télévision, il y a beaucoup de choses à raconter. Il y a Nicolas Bonzom qui a écrit un livre qui s’appelle Télé Start, qui raconte toute cette histoire, des premières émissions jusqu’à Game One et tout ce qui s’est passé après.
D’ailleurs, je suis sur la couverture parmi d’autres personnalités ! Et je suis quasiment dans tous les chapitres parce que j’étais à Micro Kid’s, à Nolife, à Game One… J’ai suivi non seulement toute l’histoire du jeu vidéo, mais aussi une grande partie de l’histoire du jeu vidéo à la télévision. C’est quelque chose dont je suis très fier, je le reconnais.
Parce qu’on doit toujours batailler contre les préjugés pour arriver à imposer des choses. Et quand on y arrive, on est content. C’est sûr !
Une histoire d’amour commencée avec Pong
Geek-o-polis : Comment es-tu tombé dans le jeu vidéo ? Parce que chacun a finalement sa propre histoire avec ce média.
Marcus : Comme Obélix, je suis tombé dans la marmite de potion magique quand j’étais petit ! En fait, moi, je suis très vieux. Je suis né en 1966 et les jeux vidéo n’existaient pas encore quand je suis né, en tout cas pas comme on les connaît aujourd’hui. Vers 1977, j’avais une dizaine d’années, et mon papa a ramené Pong à la maison.
Le fameux jeu de tennis ! Il y avait aussi des variantes comme le football ou la pelote basque, selon la position du curseur. Et là, immédiatement, on pouvait jouer avec l’écran de la télévision, alors que d’habitude, on était passifs devant elle. C’était une révolution incroyable ! Même si c’était très sommaire, il y avait un score. On pouvait jouer avec toute la famille et celui qui perdait faisait la vaisselle ! Donc il y avait un enjeu, tu vois ! (Rires)
Et tout de suite, c’était convivial. Ça m’a paru être une sorte de jeu de société à partager, et je trouvais ça génial. À partir de là, j’ai eu la chance d’avoir plusieurs consoles et ordinateurs. Je n’ai pas eu toutes les machines, par exemple je n’ai jamais eu la NES, mais j’ai eu l’Atari 2600, puis un Amiga un peu plus tard. J’ai finalement suivi toute l’histoire du jeu vidéo.
Et très vite, j’en ai fait mon métier. Je suis entré chez Micronews en 1989, où je suis devenu journaliste spécialisé dans le jeu vidéo. Depuis, j’en ai vu passer, des jeux ! Aujourd’hui, je ne peux plus dire que j’ai vu tous les jeux qui sortent, parce qu’il en arrive un toutes les trois minutes ! Mais jusqu’à il y a une dizaine d’années, je pense que j’avais vu à peu près tout ce qui était sorti.
J’ai eu la chance de naître pile au bon moment pour faire cette carrière. D’ailleurs, ce n’était même pas une carrière quand j’ai commencé. Personne ne pensait que je passerais toute ma vie à tester des jeux vidéo. Et pourtant, c’est exactement ce qui est en train d’arriver !
Le jeu vidéo, une culture encore à défendre
Geek-o-polis : Avec tout ton parcours, que penses-tu des gens qui, même en 2026, considèrent encore que le jeu vidéo n’est pas culturel ?
Marcus : Il faut arriver à les convaincre. Et je pense que ça passe justement par aller chercher ces gens-là dans des médiathèques, par exemple. Les médiathèques font des expositions de rétrogaming parce que ça permet de faire venir des gens qui ont une trentaine ou une quarantaine d’années et qui ne fréquentent pas forcément ces lieux.
Tout à coup, ils s’aperçoivent que le jeu vidéo a une histoire, qu’il y a des choses à raconter, que c’est intéressant, interactif et que ça se partage entre les générations. Donc, en réalité, c’est assez facile de défendre le jeu vidéo. Il faut juste qu’on te donne l’occasion de le faire.
Moi, dès que je peux aller dans une médiathèque parler de jeu vidéo, je le fais parce que je trouve que ça fait avancer la cause. Les chaînes spécialisées comme Game One s’adressaient aux gens qui étaient déjà convaincus. C’était très bien, mais ça ne faisait pas forcément avancer le schmilblick. En revanche, faire ça sur France Télévisions, et éventuellement sur France 4, ça va nous aider à dédiaboliser le jeu vidéo.
Ça permettra de faire comprendre à plein de gens qu’il possède de vraies qualités. J’ai participé plusieurs fois aux Maternelles, par exemple. Ils étaient très ouverts au jeu vidéo. Plutôt que de diaboliser ce média, j’étais là pour expliquer son intérêt, comment on peut jouer avec ses enfants, mais aussi comment fixer des limites. Par exemple, expliquer pourquoi un enfant de neuf ans ne devrait pas jouer à GTA, qui est interdit aux moins de dix-huit ans.
On a parfois l’impression que la télévision nous déteste parce que, dès qu’il y a un drame, certains ont tendance à mettre ça sur le dos du jeu vidéo. Mais en réalité, les gens sont assez ouverts. Ils jouent eux-mêmes pour la plupart, ou au moins ils ont des enfants qui jouent. Et puis on avance petit à petit. Les directeurs des programmes, qui étaient plutôt âgés avant, sont maintenant des gens de trente ou quarante ans qui ont connu le jeu vidéo eux-mêmes.
Ils savent ce que c’est et n’ont pas le rejet que pouvaient avoir les générations précédentes. Avant, quand on allait voir un directeur des programmes en lui proposant une émission de jeu vidéo, il nous disait d’aller voir l’unité jeunesse. Parce que dans son esprit, le jeu vidéo était un jouet pour les enfants.
Avec l’arrivée de la PlayStation, de Resident Evil et de GTA, les gens ont progressivement compris que c’était également un loisir pour les adolescents et les adultes. Aujourd’hui, ces anciens adolescents sont devenus directeurs des programmes et sont beaucoup plus ouverts aux jeux vidéo que leurs prédécesseurs. Donc on va y arriver. C’est une question de temps.
On aura mis trente ans !
Et Marcus, quand il ne joue pas aux jeux vidéo ?
Geek-o-polis : On connaît tous Marcus le joueur. Mais finalement, que fait Marcus en dehors du jeu vidéo ?
Marcus : Du jeu de société, principalement ! Le jeu, c’est vraiment ma vie, en fait. J’adore les jeux de société. J’en ai énormément à la maison et j’en achète régulièrement. C’est quelque chose que j’adore. Je joue aussi de la musique. Je fais du piano. Je joue d’oreille parce que je n’ai jamais appris le solfège. Donc je me débrouille comme je peux !
Ce n’est pas terrible comme résultat, mais j’adore ça ! Pas de sport, par contre. Très peu. Je vais à la piscine, c’est à peu près tout !
Une rencontre qui rappelle pourquoi on aime le jeu vidéo
Ce qui frappe lorsqu’on échange avec Marcus, c’est que derrière l’animateur connu de tous, on retrouve un passionné qui n’a jamais véritablement quitté ses premières amours. Le jeu, le partage et la transmission restent au centre de son parcours. Là où certains auraient pu considérer la fermeture de Game One comme la conclusion d’une carrière, Marcus y voit surtout l’occasion de commencer une nouvelle aventure. Et après avoir traversé autant de disparitions dans la presse et à la télévision, difficile de ne pas sourire en constatant qu’il est toujours là, fidèle au poste.
Cette rencontre possède aussi une dimension personnelle. Pendant une dizaine d’années, j’ai croisé Marcus à Japan Expo en étant simplement visiteur. Aujourd’hui, c’est en tant que journaliste que j’ai l’occasion de discuter avec lui. Lorsque je lui explique ce changement de perspective, sa réponse fuse immédiatement : « Tu es des nôtres. Bienvenue. » Une petite phrase, certes, mais qui prend une signification particulière lorsqu’elle vient de quelqu’un qui a accompagné une bonne partie de notre vie de joueur.
Au-delà de la nostalgie que peuvent susciter Game One, Nolife ou Level One, cette interview rappelle également une réalité : le jeu vidéo a encore besoin de personnalités capables de défendre sa place dans notre culture. Et sur ce point, Marcus n’a manifestement pas l’intention de raccrocher le micro.
Avec La Team, il poursuit ce qu’il fait depuis près de quarante ans : parler de jeux vidéo avec passion, humour et cette proximité qui a fait sa réputation.
Un grand merci à Marcus pour sa disponibilité, sa bonne humeur et ces quelques minutes d’échange à Paris Manga 2026.
