Paris Manga 2026 : Jenny Miki et HoCbo, entre sorcellerie alsacienne et révolte des PNJ, le manga français ne manque pas d’imagination

À l’occasion de Paris Manga 2026, Geek-o-polis a découvert les univers de Jenny Miki et HoCbo, deux créateurs français indépendants qui ont choisi de s’approprier les codes du manga pour raconter des histoires particulièrement originales. Sur leur stand, nous avons eu droit à une présentation aussi passionnée que déjantée, portée par un interlocuteur connaissant parfaitement les œuvres exposées et capable de multiplier les références à la pop culture pour nous faire comprendre leurs concepts. Deux titres ont particulièrement retenu notre attention : Le Cercle de l’Étrange, imaginé, écrit et dessiné par Jenny Miki, et PNJ, une création de HoCbo. Pourtant, ces mangas ne représentent qu’une partie du travail présenté. Jenny Miki possède notamment plusieurs autres créations à son actif, comme Mechanical Heart, Lintegrame, While ou encore Le Témoin du Doute, démontrant sa capacité à explorer différents univers et genres narratifs. Ce qui nous a immédiatement intéressés dans cette rencontre, c’est cette volonté de proposer des œuvres qui jouent avec les références de plusieurs générations, entre humour des années 1980-1990, culture vidéoludique et fantastique contemporain. Et autant dire que les deux histoires mises en avant ne manquent ni d’imagination ni de personnalité.
Avec Le Cercle de l’Étrange, Jenny Miki nous entraîne dans une Alsace où la magie existe bel et bien, mais où il vaut mieux éviter de la montrer au grand public. Nous suivons Cynthia, une jeune sorcière qui maîtrise déjà ses pouvoirs et qui, contrairement à un certain Harry Potter, n’a aucune envie de vivre de grandes aventures héroïques. Son objectif est beaucoup plus simple : mener une existence tranquille, cachée parmi les humains, aux côtés de son maître Léandre. Tous deux tiennent une boutique de potions dans un petit village alsacien, une région choisie pour sa tranquillité, ses paysages et, visiblement, ses spécialités culinaires. Car comment résister à la choucroute, aux bretzels ou encore à la flammekueche ? Seulement, ce choix va rapidement se révéler beaucoup moins judicieux que prévu. Dans cet univers, des organisations gouvernementales sont chargées de surveiller les phénomènes surnaturels et d’empêcher la population de découvrir l’existence de la magie. Imaginez donc les sorciers de Harry Potter confrontés aux agents de Men in Black, avec une bonne dose d’humour français et un soupçon des Tontons Flingueurs. Voilà l’ambiance que notre interlocuteur a utilisée pour nous présenter le concept. Derrière cette comparaison volontairement excessive se cache pourtant une histoire qui prend le temps de développer ses personnages et leur quotidien, avant de progressivement basculer vers une chasse aux sorcières moderne. Entre meurtres mystérieux, agents gouvernementaux et affrontements surnaturels, Cynthia risque de regretter son installation dans une région historiquement marquée par les procès en sorcellerie. Une manière particulièrement amusante de mélanger fantasy, tranche de vie et références culturelles françaises, tout en proposant un univers qui possède sa propre identité.
Changement radical d’ambiance avec PNJ, le manga de HoCbo, qui s’attaque cette fois directement à notre passion pour les jeux vidéo. Le concept est aussi simple qu’efficace : imaginez que vous veniez d’acheter un nouveau jeu vidéo dans lequel vous passez des dizaines d’heures à accomplir des quêtes, explorer des donjons et récupérer des équipements légendaires. Jusqu’ici, rien d’anormal. Mais voilà qu’un personnage non joueur est victime d’un bug particulièrement étrange : il développe une conscience et commence à agir selon sa propre volonté. Le problème, c’est qu’il ignore totalement qu’il évolue dans un jeu vidéo. Pour lui, son univers est réel, et les joueurs ne sont que des individus particulièrement pénibles qui viennent régulièrement perturber son existence. Pire encore, ces derniers possèdent parfois des équipements extrêmement puissants que notre PNJ pourrait bien vouloir récupérer. Prenons l’exemple de The Legend of Zelda : vous avez passé des heures à obtenir la Master Sword, et voilà qu’un personnage secondaire décide que cette épée lui appartient désormais. Pourquoi devrait-il effectuer les mêmes quêtes que vous alors qu’il pourrait simplement vous attaquer pour vous la voler ? Toute l’originalité de PNJ repose sur cette inversion des rôles. Nous ne sommes plus les héros de l’aventure, mais les obstacles que le personnage principal doit éliminer pour atteindre ses objectifs. Une idée qui rappelle naturellement Free Guy ou The Truman Show, mais qui permet surtout de porter un regard complètement différent sur les mécaniques vidéoludiques que nous connaissons depuis des décennies.
L’autre particularité de ces deux créations réside dans leur rapport à l’humour et aux différentes générations de passionnés. Là où Le Cercle de l’Étrange mélange fantastique et références contemporaines, PNJ revendique une approche plus proche des œuvres des années 1980 et 1990, avec des situations absurdes, des dialogues directs et un humour volontairement provocateur. Et cette personnalité se retrouve parfaitement dans la manière dont le manga nous a été présenté. L’idée de voir un personnage non joueur nous considérer comme un véritable boss, alors que nous pensons simplement accomplir une quête banale, possède un potentiel comique évident. D’autant que les développeurs du jeu, ignorant les dysfonctionnements qui bouleversent leur univers virtuel, continuent tranquillement leurs activités commerciales et leurs ventes de contenus additionnels. Une petite satire de l’industrie vidéoludique qui parlera forcément à de nombreux joueurs. De son côté, Le Cercle de l’Étrange joue davantage sur le décalage entre le quotidien paisible d’une sorcière et les conséquences parfois catastrophiques de son appartenance au monde surnaturel. Ces deux approches illustrent surtout la liberté offerte par la création indépendante, qui permet aux auteurs de développer des univers personnels sans nécessairement chercher à reproduire les recettes des grandes licences japonaises. Avec plusieurs volumes déjà disponibles, Jenny Miki et HoCbo montrent également que leurs projets ne se limitent pas à quelques illustrations ou à de simples concepts, mais reposent sur de véritables histoires destinées à être découvertes par les lecteurs.
Cette rencontre à Paris Manga aura finalement été l’une de ces découvertes qui rappellent pourquoi nous aimons autant parcourir les stands des artistes indépendants. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de lire intégralement Le Cercle de l’Étrange et PNJ, et il serait donc prématuré de juger de leur qualité narrative ou graphique dans leur ensemble. En revanche, leurs concepts respectifs nous ont suffisamment intrigués pour avoir envie de nous y intéresser davantage. D’un côté, une sorcière qui pensait pouvoir couler des jours heureux en Alsace avant de découvrir que les organisations chargées de surveiller le surnaturel ne sont jamais bien loin. De l’autre, un personnage non joueur qui pourrait bien ruiner notre prochaine partie en décidant de nous voler notre équipement durement acquis. Deux univers complètement différents, mais réunis par une même envie de surprendre le lecteur et de jouer avec ses références. Nous retiendrons également l’énergie et l’humour de cette présentation, qui a réussi à transformer la découverte de deux mangas en un véritable moment de partage autour de la pop culture. Avec leurs créations originales et leur présence dans les conventions, Jenny Miki et HoCbo participent à cette scène indépendante française qui mérite davantage de visibilité. Et finalement, entre affronter un sorcier accompagné d’une organisation gouvernementale ou découvrir qu’un PNJ nous attend au détour d’un donjon pour récupérer notre Master Sword, difficile de savoir ce qui nous inquiéterait le plus !



