Avis – Vellum Express de Guy-Roger Duvert

Vellum Express, le roman de Guy-Roger Duvert, plonge le lecteur dans une uchronie post-apocalyptique fascinante où l’Europe du début du XXe siècle se retrouve étouffée par une nature devenue folle. Suite à un événement cosmique survenu au siècle précédent, une jungle hostile, gigantesque et peuplée de créatures cauchemardesques a progressivement englouti les civilisations, forçant l’humanité à se retrancher. C’est dans ce contexte de fin du monde verdoyante que se déroule un huis clos ambulant particulièrement original, qui réinvente les codes du survivalisme et du steampunk avec une efficacité remarquable.
L’intrigue s’articule autour d’Armand, un cambrioleur talentueux et passablement insolent, qui se fait enlever dans des circonstances très mystérieuses. À son réveil, il ne se retrouve pas dans un cachot, mais à bord du Vellum Express, un train blindé d’une technologie avancée qui tente de relier Moscou à Paris à travers les territoires sauvages. Ce protagoniste au charme cynique sert de parfait ancrage pour le lecteur, car il découvre en même temps que nous les secrets de ce convoi d’élite et les motifs obscurs de ses mystérieux ravisseurs.
La plus grande force de ce récit réside incontestablement dans son atmosphère et la dualité de son décor, sans qu’il soit nécessaire d’en dévoiler les clés. L’auteur oppose avec brio le luxe feutré, l’ordre mécanique et la sécurité relative de ce monstre d’acier ferroviaire à l’omniprésence étouffante et sauvage de la jungle qui frappe aux vitres. Cette nature sauvage n’est pas un simple arrière-plan, elle s’impose comme une menace à part entière, terrifiante et fascinante, qui dévore les vestiges du vieux continent et maintient une tension constante à chaque étape.
Le rythme de l’ouvrage est parfaitement maîtrisé grâce à un découpage en chapitres courts qui dynamisent le voyage sans jamais donner une impression de précipitation. Guy-Roger Duvert propose une écriture très visuelle, presque cinématographique, qui permet de s’imaginer sans peine les cités noyées sous les lianes et l’épaisse brume qui enveloppe les voies ferrées. Les rebondissements et les scènes d’action s’enchaînent de manière fluide, transformant cette traversée continentale en un véritable récit d’aventure addictif.
Au-delà de l’action pure, le roman tisse une toile de mystères complexes qui captive l’esprit sans jamais trop en dire. Les interrogations s’accumulent au fil des rails : qui contrôle réellement ce train, pourquoi Armand a-t-il été spécifiquement choisi pour cette mission, et quelle est la nature des forces politiques qui s’affrontent dans l’ombre ? Ces questions, mêlées aux tensions entre les différentes factions qui tentent de survivre à l’apocalypse, apportent une belle épaisseur psychologique et géopolitique à l’ensemble.
Ce premier tome est une excellente surprise pour tous les amateurs de science-fiction, de mystère et d’ambiances rétro-futuristes. La fin installe parfaitement les enjeux pour la suite, laissant le lecteur impatient de découvrir le reste de ce périple ferroviaire et les réponses enfouies sous la végétation. Si vous cherchez une lecture immersive, rythmée et portée par un univers original qui change des mondes post-apocalyptiques désertiques habituels, cette expédition littéraire mérite amplement que vous y compostiez votre billet.