Avis : Entre épopée cosmique et promesses inachevées : Supergirl (2026)

Réalisé par Craig Gillespie (I, Tonya, Cruella) sur un scénario d’Ana Nogueira, Supergirl s’inscrit comme la deuxième pierre angulaire du nouveau DC Universe (DCU) piloté par James Gunn et Peter Safran. Ouvertement inspiré de la célèbre mini-série de comics Woman of Tomorrow signée Tom King et Bilquis Evely, le long-métrage débarque avec l’ambition de redéfinir une icône en s’éloignant drastiquement du vernis propret de son illustre cousin, Superman. Mais l’ambition artistique se fracasse en partie contre des choix narratifs discutables.

Derrière la cape : Studio, éditeur et origines de l’histoire
Produit par DC Studios, The Safran Company et Troll Court Entertainment, et distribué par Warner Bros. Pictures, ce projet marque une rupture nette avec les précédentes adaptations de l’héroïne. L’histoire s’articule autour d’une Kara Zor-El (Milly Alcock) brisée, qui célèbre ses vingt-trois ans sur un monde lointain en traînant une amertume profonde. Contrairement à Clark Kent, qui a grandi entouré d’amour sur Terre, Kara a vu son monde natal détruit alors qu’elle était déjà en âge de s’en souvenir, portant les cicatrices mémorielles de l’apocalypse kryptonienne.
Le déclencheur de l’intrigue prend une tournure viscérale et personnelle lorsque son fidèle chien super-pouvanté, Krypto, est empoisonné au cours d’une agression. Forcée de s’allier à une jeune guerrière locale en quête de vengeance nommée Ruthye Marye Knoll (Eve Ridley), Kara se lance dans un périple intergalactique à travers les confins de la galaxie pour traquer le coupable : le redoutable Krem des Collines d’Ocre (Matthias Schoenaerts).

Analyse critique : Entre éclats de génie et essoufflement narratif
Le grand point fort du film réside sans conteste dans sa direction artistique et son casting habité. Milly Alcock porte le long-métrage à bout de bras, incarnant une Kara désabusée, cynique, parfois alcoolique, qui tranche radicalement avec les figures lisses du genre. À ses côtés, l’apparition de Jason Momoa en Lobo apporte une énergie chaotique et jubilatoire, le comédien semblant s’amuser follement dans la peau du chasseur de primes intergalactique. Visuellement, Craig Gillespie déploie une esthétique de space-opera organique, privilégiant les maquillages pratiques et les décors extraterrestres singuliers qui éloignent le film du tout-numérique insipide.
Malheureusement, le bât blesse sévèrement au niveau de l’écriture. Là où le matériel d’origine de Tom King proposait une réflexion philosophique poignante sur le deuil, la justice et la nature de l’héroïsme, le film réduit sa quête à une intrigue de vengeance assez linéaire et convenue. Le méchant principal, Krem, souffre d’un manque cruel de relief dramatique, peignant un antagoniste générique dont la menace affichée ne trouve jamais vraiment d’écho tangible à l’écran. Pire, le troisième acte donne l’impression d’une accélération brutale, expédiant des enjeux émotionnels qui auraient mérité bien plus de souffle et de respiration.
Le Conseil Geeko : Si le film vous laisse une impression d’inachevé quant au traitement de l’héroïne, ruez-vous sur le roman graphique Supergirl: Woman of Tomorrow de Tom King et Bilquis Evely. C’est un chef-d’œuvre absolu des 10 dernières années qui capture la véritable essence mélancolique et poétique de Kara, là où le long-métrage de Craig Gillespie ne fait qu’en gratter la surface.