Si Tony Hawk avait passé un pacte avec le Diable après une nuit d’insomnie à écouter de la synth-pop psychédélique, le résultat ressemblerait sûrement à Skate Story. Attendu comme le messie de la scène indé, le titre de Sam Eng édité par Devolver Digital débarque enfin sur nos consoles. J’ai poncé le bitume des Enfers sur PS5, et spoiler : c’est une claque esthétique qui ne pardonne aucune erreur.

Oubliez la Californie ensoleillée ou les entrepôts désaffectés. Ici, vous êtes un démon fait de verre et de douleur. Le pitch ? Aussi simple que génialement absurde : le Diable vous tend une planche et vous propose un marché. Si vous parvenez à skater jusqu’à la Lune et à l’avaler, vous serez libre. C’est ce genre de narration complètement décalée, à la fois poétique et cynique, qui donne au jeu une aura mystique immédiate.
Le Flow ou la Casse
La première chose qui frappe, c’est la fragilité de votre avatar. Contrairement aux skate games classiques où l’on se relève après une chute de 15 mètres en riant, ici, la moindre erreur est fatale. Vous êtes en verre. Vous tombez, vous éclatez. Point barre. Cette tension permanente transforme chaque line en une question de survie.
Côté gameplay, on n’est pas sur la simulation ultra-punitive d’un Session, ni sur l’arcade débridée d’un THPS. Skate Story trouve son propre équilibre, basé sur la rythmique et le momentum. Sur PS5, la DualSense fait un travail d’immersion assez dingue. On ressent le grain du bitume infernal via les retours haptiques, et la résistance des gâchettes lorsqu’on pousse pour prendre de la vitesse donne un poids physique à l’effort. C’est subtil, mais ça change tout au feeling de glisse.

Une Direction Artistique à tomber (littéralement)
Tu l’as souligné, l’esthétique est le gros point fort du titre. C’est tout simplement somptueux. Le jeu joue sur les transparences, les reflets cristallins et des éclairages néons qui tranchent avec l’obscurité des neuf cercles des Enfers. Voir son personnage se fissurer progressivement ou exploser en mille éclats scintillant à l’écran est presque satisfaisant visuellement.
L’histoire, quant à elle, est servie par des dialogues textuels flottants dans le décor qui sont souvent hilarants ou philosophiquement perchés. On croise des âmes torturées, des grenouilles oublieuses et, bien sûr, ce bon vieux Diable. C’est bizarre, c’est « décalé » comme tu dis, et ça donne une âme folle au jeu qui dépasse le simple concept sportif.
Un mot sur la bande-son : signée Blood Cultures, elle est hypnotique. Elle ne sert pas juste de fond sonore, elle dicte le rythme de votre transe. C’est du pur bonbon pour les oreilles.

Skate Story n’est pas parfait. La caméra fait parfois des siennes dans les endroits exigus et la courbe de difficulté en dents de scie pourra frustrer les moins patients (le verre, ça casse vite). Mais pour quiconque cherche une expérience visuelle unique et une narration qui sort des sentiers battus, c’est un incontournable. C’est un jeu d’ambiance autant qu’un jeu de skate.
Ce qu’on a aimé (Les +) :
-
L’identité visuelle « cristalline » absolument unique.
-
Le concept narratif complètement perché (avaler la Lune, sérieux ? J’adore).
-
La bande-son de Blood Cultures qui colle parfaitement à l’ambiance planante.
-
L’utilisation intelligente de la DualSense sur PS5 (haptique et gâchettes).
-
Le sentiment de satisfaction immense quand on rentre un tre-flip sans se briser.
-
L’écriture drôle et mélancolique.
Ce qu’on a moins aimé (Les -) :
-
Une caméra parfois capricieuse quand l’action s’emballe.
-
Certains passages de plateforme un peu rigides.
-
La fragilité du perso qui peut rendre certains try frustrants à la longue.
-
Une durée de vie un poil courte (on en voudrait plus !).

No responses yet