Paris Manga 2026 : rencontre avec Bob Lennon, entre nostalgie, créativité et regard sur le jeu vidéo

Figure incontournable du YouTube gaming francophone, Bob Lennon fait partie de ces créateurs qui ont marqué plusieurs générations de joueurs. De ses années aux côtés de Fanta à ses aventures en solitaire, en passant par ses livres-jeux, il a su évoluer sans perdre ce ton décalé qui le caractérise. À l’occasion de Paris Manga 2026, Geek-o-polis a eu le plaisir de s’entretenir avec lui. Une rencontre riche en humour, mais également en réflexions sur son parcours, l’intelligence artificielle, Nintendo et l’avenir du jeu vidéo.
Il est dimanche soir et la fatigue commence sérieusement à se faire sentir. Pourtant, derrière ses lunettes et son Coca, Bob Lennon conserve cette énergie communicative et cette capacité à transformer une simple question en discussion imprévisible. L’occasion de découvrir un créateur qui, malgré les années, continue de regarder son métier avec passion et une certaine philosophie.
Paris Manga et la relève du YouTube francophone
Geek-o-polis : Bonsoir Bob ! Comment se passe cette édition de Paris Manga pour toi ?
Bob Lennon : Bonsoir ! Je suis Bob Lennon, nous sommes dimanche soir ici à Paris Manga et je suis épuisé ! Genre vraiment ! Regarde : transformation, lunettes, Coca, fatigue !
Ça faisait un petit moment que je n’avais pas fait de convention, du moins j’en avais l’impression. La dernière fois que j’étais venu à Paris Manga, c’était plutôt en coup de vent. Mais franchement, ils ont vraiment glow up ! Le casting, les installations, les files d’attente, tout est vraiment bien géré.
Je suis aussi très content de revoir d’anciennes têtes et d’en découvrir de nouvelles, notamment parmi les créateurs YouTube. Quand tu prends Chocoh ou Monsieur Pof, ce ne sont pas nécessairement de nouvelles têtes, mais pouvoir les rencontrer, discuter avec eux et partager une scène, c’était super.
C’est la nouvelle génération et elle est impeccable ! Ils ont les bonnes valeurs, les bonnes pensées et les bonnes méthodes. Je sais que je n’ai aucun droit de l’être, mais en tant que vieux boomer de la profession, je suis fier. Je suis heureux de voir ça. Tu te dis que les enfants auront quand même quelque chose vers quoi se tourner.
On a tendance à s’inquiéter de l’évolution du contenu, notamment avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Mais je reste confiant. Des problèmes apparaissent, c’est vrai, mais des solutions finissent également par arriver. Comme disait ma mère : « On s’inquiète, mais on ne s’inquiète pas. » Il faut garder un œil sur les choses sans forcément se laisser envahir par l’inquiétude.
Geek-o-polis : Et de ton côté, on peut dire que les choses continuent d’avancer ?
Bob Lennon : Oui, absolument ! J’avance ! J’ai réussi à me dégoter une maison, donc je vais pouvoir vivre avec ma famille. Je me suis remarié et je suis très heureux avec ma femme. Elle est fantastique, elle était d’ailleurs présente à la convention dans une très belle robe.
Et là, j’ai la chienne de mon agente qui m’agresse alors que je suis phobique des chiens ! Elle m’aime énormément, mais moi, je ne peux pas lui expliquer que j’ai peur d’elle. C’est compliqué !
Mais oui, tout avance. Everything is fine. C’était une convention assez classique finalement, sauf que j’étais venu avec un niveau d’énergie un peu plus bas. Forcément, c’est plus difficile, mais ça fait du bien de revoir les gens. C’est toujours bien de toucher de l’herbe de temps en temps !
Les livres-jeux et une créativité sans limites
Geek-o-polis : Parlons de tes livres dont on est le héros. Où en es-tu avec cette aventure ?
Bob Lennon : Ah ! Tu n’as pas le droit de dire ça ! C’est une propriété déposée par Gallimard et j’espère que leur licence se porte très bien ! Moi, en revanche, j’ai fait des livres qui n’ont strictement rien à voir ! Des livres-jeux ! Des jeux dont vous êtes le Billy ! Et ça se passe plutôt bien. Le troisième arrive. Les livraisons commencent le 17 octobre et les livres devraient arriver chez les gens à partir du 19.
Bon, sauf si tu habites dans les DOM-TOM ou au fin fond de Fort Lointain ! Là, ça prendra peut-être une semaine supplémentaire. Mais normalement, tout le monde devrait être livré pour novembre, et c’est une très bonne chose.
Geek-o-polis : D’où te vient cette créativité qui te permet de passer du jeu vidéo à l’écriture ?
Bob Lennon : Je ne saurais pas vraiment la décrire. Je pense que c’est surtout l’envie d’assembler des choses qui existent déjà, mais qui n’ont a priori rien à faire ensemble, pour forger quelque chose de meilleur. Ma définition de la créativité se résume assez bien dans The Lego Movie. Quand tu regardes ce film, normalement, ça devrait répondre à toutes tes questions !
C’est le meilleur résumé que je puisse donner un dimanche soir parce que je suis épuisé ! J’ai un bout de cookie, un Coca qui se court après… Je peux dormir ?
L’après Fanta : apprendre à naviguer seul
Geek-o-polis : Tu as connu différentes périodes dans ta carrière, notamment tes années avec Fanta. Comment vois-tu l’évolution de ton contenu depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui ?
Bob Lennon : C’est essentiellement une question d’énergie et de maîtrise. À l’époque, je pouvais donner toute mon énergie au contenu parce que c’était Fanta qui en assurait la maîtrise. Il montait les vidéos, les publiait, faisait quasiment tout. Moi, je me contentais de faire le Zébulon à l’écran et ça se passait très bien !
Puis, petit à petit, j’ai commencé à monter mes propres trucs, à apprendre et à évoluer. Et un jour, Fanta a lâché le volant et est parti vivre sa meilleure vie ailleurs. Je ne le lui reprocherai jamais. Je l’aime. Mais moi, j’ai dû apprendre à piloter le bateau. C’était une transition complexe, mais j’étais prêt à ce moment-là. Je n’aurais pas été prêt en 2012. En 2018, je l’étais.
Et finalement, c’est quelque chose qui a apporté du meilleur. Les gens qui se souviennent de 2018 doivent aussi se rappeler la gueule de mes miniatures lorsque j’ai repris les rênes ! Ce n’était clairement pas un domaine que je maîtrisais. J’ai rapidement trouvé quelqu’un qui savait faire ça et je lui ai dit : « Allez, je te paye ! » Aujourd’hui, j’essaie aussi d’avoir une vie à côté. Je ne veux pas que mon existence se résume uniquement au travail.
J’ai donc engagé un bras droit, un assistant qui m’aide notamment sur le montage et différents aspects de la production. Globalement, quelqu’un de plus intelligent que moi pour gérer tout ça !
Et pour moi, c’est un succès. C’est comme engager un expert-comptable. Pour lui, certains calculs prennent dix minutes. Pour toi, c’est une montagne insurmontable et, surtout, ça ne fait pas partie de la partie amusante de ton métier. Je ne regrette absolument pas cette décision.
L’intelligence artificielle, un outil plutôt qu’un créateur
Bob Lennon : Quant à l’intelligence artificielle, je n’ai pas forcément besoin de l’intégrer davantage dans mon contenu. Je m’en sers surtout pour le fun. Les gens critiquent l’IA, et ils ont raison sur certains aspects, mais ils oublient parfois son principal attrait : because it’s fucking funny ! Parce qu’on s’amuse ! Parce que ça permet de faire des trucs marrants !
C’est pour ça que j’ai toujours considéré son développement comme une forme d’inévitabilité. Personnellement, je peux m’en servir comme d’une calculatrice, comme un outil d’appoint. Mais pas comme un véritable outil créatif. En tout cas, pas à l’heure actuelle. Pour moi, ça reste encore une sorte de calculatrice mécanique.
Elle ne peut que multiplier ce que tu es. Elle ne peut pas additionner à ce que tu es.
Il faut essayer d’être positif, sinon tu multiplies quelque chose de négatif et tu obtiens encore du négatif ! Bon, je fais des comparaisons complètement foireuses parce que je suis fatigué !
Il faut que j’aille dormir !
The Witcher 3 et les risques de la nostalgie
Geek-o-polis : Pour revenir à l’actualité du jeu vidéo, as-tu vu la nouvelle mise à jour gratuite de The Witcher 3 ?
Bob Lennon : Oui, j’ai vu Benzaie y jouer. Et je me suis posé la question : Is it worth it ? Je ne sais pas. Je n’ai pas ressenti un véritable effet de claque devant cette remise à jour.
Pour moi, ce n’est pas un saut comparable à Final Fantasy VII et Final Fantasy VII Rebirth. Bon, techniquement, c’est une suite et pas un remake, mais tu comprends l’idée ! De prime abord, je vois moyennement l’intérêt. Peut-être que je devrais vraiment me pencher dessus et faire un comparatif sérieux pour observer les différences et me dire : « Ah oui, effectivement ! »
Mais ayant grandi avec la Super Nintendo, je trouvais déjà le jeu suffisamment beau. Je n’ai donc pas d’opinion définitive là-dessus.
Voilà, votez pour moi !
Geek-o-polis : Cette modernisation pourrait aussi servir à préparer le terrain pour le contenu supplémentaire annoncé autour du jeu, non ?
Bob Lennon : Peut-être. C’est aussi peut-être une façon de mettre en avant The Witcher 4. On ne sait pas. Mais si c’est ça, je trouve que c’est une stratégie marketing risquée. Parce que si ton nouveau projet n’est pas à la hauteur des attentes que tu as réveillées en modernisant The Witcher 3, tu risques de te faire incendier doublement. Les joueurs vont immédiatement comparer les mécaniques et se demander pourquoi certaines choses fonctionnaient mieux dans l’ancien jeu.
C’est un pari multiplicateur. Si le nouveau jeu est excellent, alors tout roule. Mais il faut vraiment que l’ensemble fonctionne. Et quand je parle de qualité, je ne parle pas uniquement du gameplay. Il y a les graphismes, l’histoire, l’écriture, les personnages et leur caractérisation.
C’est pareil au cinéma. Tu peux avoir un film techniquement extraordinaire, avec des effets visuels incroyables, mais si l’écriture ne fonctionne pas, ça peut poser problème.
Est-ce un problème d’intention ou un problème d’époque ? Si c’est un problème d’intention, ça peut se corriger. Si c’est un problème d’époque, c’est beaucoup plus compliqué. Dans le jeu vidéo, c’est la même chose.
Retrogaming et Nintendo : le plaisir avant tout
Geek-o-polis : Tu parlais de la Super Nintendo. Que penses-tu des développeurs qui continuent aujourd’hui de créer de nouveaux jeux pour des consoles anciennes comme la Super Nintendo, la Mega Drive ou la Game Boy Advance ?
Bob Lennon : La même chose que je pense des gens qui continuent à avoir des chevaux alors que les voitures existent ! Ils font ça pour le plaisir, parce qu’ils en ont envie et parce que ça les amuse. Quelle opinion veux-tu que j’aie là-dessus ? En tant que journaliste, quelle opinion serait réellement justifiée par ma position ? Je pourrais entrer dans l’éternel débat entre subjectivité et objectivité, mais franchement, ils font ce qu’ils veulent !
Geek-o-polis : Et toi, tu serais prêt à jouer à ces nouveaux jeux développés pour d’anciennes machines ?
Bob Lennon : Pourquoi pas, si c’est marrant ! Si c’est marrant, c’est l’essentiel. C’est d’ailleurs la philosophie historique de Nintendo, même si pour l’instant je trouve que ça leur réussit moins avec la Switch 2. Mais cette idée de privilégier le plaisir de jeu leur a énormément réussi. Pendant que Sony et Microsoft se livraient leur guerre des consoles, Nintendo a réussi à faire quelque chose de complètement différent. Ils ont inventé une machine à imprimer de l’argent. Ça s’appelle la Switch !
Geek-o-polis : C’est justement ce que je trouve intéressant avec Nintendo. On peut ne pas cautionner toutes leurs décisions, mais force est de constater que leur stratégie fonctionne.
Bob Lennon : Exactement. Tu peux toujours cautionner ou ne pas cautionner l’aspect moral d’une décision. Mais il est beaucoup plus difficile de critiquer son efficacité lorsque les résultats sont observables, du moins par rapport à un objectif donné. Ce sont deux choses différentes. Mais encore une fois, c’est un débat éternel et je ne suis pas agréé pour répondre à tout ça un dimanche soir !
Savoir donner son avis sans prétendre détenir la vérité
Geek-o-polis : C’est justement quelque chose que j’apprécie dans ta façon d’aborder les sujets. Tu assumes ton avis, mais tu rappelles aussi qu’il ne constitue pas une vérité absolue.
Bob Lennon : Je pourrais parfaitement dire que je ne suis pas parole d’Évangile et, malgré tout, donner un avis très précis sur chaque question. Mais moi-même, je me limite. Je me dis que je ne vais pas forcément chercher à creuser absolument tous les sujets. Je pourrais devenir névrosé à force de m’inquiéter de toutes les questions qui existent. Mais ce n’est pas comme ça qu’on devient heureux. Je sais, j’ai essayé. Ça ne marche pas !
Geek-o-polis : Merci beaucoup Bob pour cet échange. Je te laisse le mot de la fin !
Bob Lennon : Votez mieux, votez pour vous ! Franchement… Ça ne veut rien dire !
Geek-o-polis : C’est du Bob Lennon ! Merci beaucoup !

Un Bob Lennon toujours aussi authentique
Au terme de cet échange, difficile de ne pas retrouver ce qui a fait le succès de Bob Lennon pendant toutes ces années. Derrière les plaisanteries, les digressions et les références vidéoludiques se cache un créateur qui a appris à évoluer, à déléguer et surtout à préserver une place pour sa vie personnelle.
J’ai particulièrement apprécié sa manière d’aborder l’évolution de YouTube et l’intelligence artificielle. Plutôt que de prétendre posséder toutes les réponses, il assume ses interrogations et préfère prendre du recul. Son regard bienveillant sur la nouvelle génération de vidéastes montre également qu’il ne considère pas les nouveaux créateurs comme une menace, mais comme la continuité naturelle d’un univers auquel il a largement contribué.
Et finalement, c’est peut-être ce qui résume le mieux cette rencontre : un Bob Lennon fatigué, certes, mais toujours aussi drôle, spontané et capable de passer d’une réflexion sérieuse à une absurdité parfaitement assumée.
Une belle rencontre à Paris Manga, avec un personnage qui continue de marquer le paysage vidéoludique francophone à sa manière.
Interview réalisée par Geek-o-polis lors de Paris Manga 2026.