Avec L’Égout de la Vérité, le jeune auteur Benjamin Maindron signe une œuvre dont l’originalité repose sur une construction en miroir, un diptyque temporel où l’innocence de l’enfance vient heurter la froideur d’un futur dystopique. L’intrigue s’ouvre sur un décor empreint d’une nostalgie presque « kingienne » : les années 1990, une bande d’adolescents, et un rituel de cour de récréation qui, sous des dehors ludiques, cristallise les espoirs et les craintes d’une génération.
Le tour de force de Maindron réside dans l’alternance entre ce passé tangible — celui des cailloux lancés dans une plaque d’égout comme on interroge un oracle — et le récit de Dream Clone. Sur cette planète futuriste, où le verre remplace la pierre et l’esclavage l’insouciance, le personnage d’Orion Aurélien devient le pivot d’une résistance face à une ambition totalitaire. L’auteur interroge : et si nos désirs d’enfants étaient les fondations des tyrannies de demain ?
On sent, à travers les pages, l’héritage du théâtre que l’auteur affectionne. Les dialogues sont percutants et les scènes, notamment dans l’univers de Dream Clone, possèdent une dimension plastique forte. L’écriture ne se contente pas de raconter ; elle met en scène la collision entre deux mondes que tout oppose, mais qu’une « connexion énigmatique » finit par souder inextricablement.
Le titre lui-même est une promesse tenue. L’égout n’est plus seulement un réceptacle de déchets, il devient le réceptacle des consciences. L’auteur nous entraîne dans une réflexion métaphysique sur le poids de nos choix et la dangerosité du vœu. En explorant la zone d’ombre qui sépare le rêve de la soif de contrôle, Benjamin Maindron livre un premier roman ambitieux qui bouscule les codes de l’anticipation classique.
L’Égout de la Vérité est une lecture singulière, à la fois troublante et immersive. Un récit qui prouve que la vérité, aussi crue soit-elle, finit toujours par remonter à la surface, portée par la plume prometteuse d’un auteur qui n’a pas peur de sonder les profondeurs de l’âme humaine.
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