Nagahama To Be or Not To Be de Scarlet Beriko s’impose comme une œuvre d’une maturité rare, confirmant une nouvelle fois que l’autrice dépasse les simples codes du genre pour proposer un récit de mœurs d’une grande profondeur. Dans ce deuxième tome, Beriko délaisse l’élégance sophistiquée de ses précédents travaux urbains pour nous plonger dans l’atmosphère brute et iodée d’une ville côtière. Ce changement de décor n’est pas qu’esthétique, il influence directement la narration en apportant une authenticité organique à la relation entre Nagisa et Issa.

La force majeure de ce manga réside dans son rythme contemplatif et sa gestion magistrale du non-dit. L’évolution de leur lien, marquée par l’insouciance de l’enfance qui se heurte aux réalités de l’âge adulte, est dépeinte avec une subtilité exemplaire. Le dessin, toujours aussi précis et charnel, gagne ici en émotion pure grâce à un travail remarquable sur les regards et les silences. Beriko parvient à capturer cette tension latente et cette mélancolie douce-amère propre aux périodes de transition, sans jamais tomber dans le mélodrame facile.
Cependant, le style de Scarlet Beriko, bien que superbe, reste très ancré dans une esthétique de personnages aux traits particulièrement idéalisés. Pour un récit qui se veut aussi réaliste et ancré dans la rudesse du milieu portuaire, ce contraste visuel peut parfois créer un léger décalage avec la thématique sociale de l’œuvre. C’est un détail qui n’entache en rien la qualité du récit, mais qui rappelle que l’on reste dans une vision très stylisée de la réalité, où la beauté plastique des protagonistes prime parfois sur la rudesse du contexte.

Ce volume prouve que la narration graphique peut atteindre des sommets de réalisme psychologique tout en conservant une esthétique léchée. Scarlet Beriko livre une œuvre introspective et poignante qui privilégie la psychologie des personnages à l’action pure. C’est une lecture indispensable pour quiconque cherche un récit humain, porté par une sensibilité qui s’exprime autant dans les dialogues que dans la beauté des paysages maritimes, même si l’on voudrait en découvrir davantage après la fermeture du tome.

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