Dès les premières séquences, The Run impose une identité visuelle forte. En quittant les studios fermés pour les décors naturels du lac de Garde, Paul Raschid offre une bouffée d’oxygène bienvenue au genre FMV. La qualité de la production cinématographique sur Steam est exemplaire : la lumière naturelle des Alpes italiennes sublime chaque plan, transformant un simple jogging en une traque esthétique. On sent une réelle volonté de s’éloigner du côté « série B » parfois reproché aux films interactifs pour embrasser une cinématographie digne du grand écran.
La force du titre réside également dans son équilibre devant la caméra. Roxanne McKee porte le récit avec une intensité physique nécessaire à son rôle de proie, évitant les clichés de la victime passive. Mais c’est la dimension « hommage » qui ravira les cinéphiles : voir Dario Argento, le maître du Giallo, et Franco Nero apparaître à l’écran confère au jeu une aura de prestige. Ce pont entre le jeu vidéo moderne et l’âge d’or du cinéma de genre italien n’est pas qu’un simple argument marketing, il ancre le récit dans une tradition de suspense bien réelle.
Côté écriture, The Run ne s’embarrasse pas de fioritures. Le scénario est une ligne droite vers la survie, rythmée par des montées d’adrénaline constantes. Le jeu joue habilement avec nos nerfs en imposant des dilemmes moraux et tactiques sous pression. Si l’intrigue peut paraître classique au premier abord, elle gagne en épaisseur grâce à la multiplicité des chemins. La mort n’est jamais une fin en soi, mais une pièce supplémentaire du puzzle qui nous pousse à comprendre les motivations des assaillants.
L’un des plus grands défis du film interactif est la frustration liée à la répétition. Ici, les développeurs ont intégré une « Story Map » particulièrement intuitive. Cet outil permet de visualiser instantanément les embranchements explorés et ceux qui restent à découvrir. C’est un ajout majeur pour le confort de jeu : au lieu de naviguer à l’aveugle, on cible précisément les moments clés pour changer le cours de l’histoire. Cela transforme l’expérience de consommation passive en une véritable exploration stratégique des possibles.
Le gameplay parvient à rester discret tout en étant efficace. Les choix s’intègrent de manière fluide dans le montage, évitant les coupures brutales qui cassent souvent l’immersion dans ce type de production. Qu’il s’agisse de choisir un sentier plutôt qu’un autre ou de décider de se cacher, l’impact est immédiat. Les scènes d’action bénéficient d’une mise en scène dynamique où chaque décision semble peser sur le souffle court de l’héroïne, rendant les séquences de poursuite particulièrement mémorables.
The Run réussit son pari en proposant une expérience courte, intense et techniquement irréprochable. S’il ne révolutionne pas les fondements du thriller, il en maîtrise tous les codes avec une précision chirurgicale. C’est le type de jeu parfait pour une soirée immersive, seul ou à plusieurs pour débattre des choix. Pour les amateurs de récits à embranchements, cette course poursuite italienne s’impose comme une référence solide dans la bibliothèque de tout joueur en quête de sensations cinématographiques.
J’aime :
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La réalisation technique irréprochable et les décors naturels magnifiques.
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La présence de légendes du cinéma comme Dario Argento et Franco Nero.
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L’arborescence narrative (Story Map) claire qui booste la rejouabilité.
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Le rythme soutenu qui ne laisse aucun répit au joueur.
J’aime pas :
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Une intrigue globale qui reste assez conventionnelle pour le genre.
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Une durée de vie courte sur un seul « run » (environ 1h30).
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Certains choix qui mènent à des morts un peu abruptes.

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