Il aura fallu patienter. Si le remake du huitième opus de la légendaire saga de Koei Tecmo nous avait laissés sur une impression globalement positive mais un brin inachevée à sa sortie, l’arrivée du « Destiny and Strategy Expansion Pack » sonne comme l’heure de vérité. Fidèle à sa tradition des « Power-Up Kits », l’éditeur japonais nous livre ici ce qui ressemble furieusement à la véritable version finale du jeu. Après une cinquantaine d’heures passées à unifier la Chine sous cette nouvelle mouture, il est temps de rendre le verdict : cette extension est-elle le stratagème ultime ou un simple coup d’épée dans l’eau ?

L’Art de la Guerre 2.0 : Plus qu’un simple ravalement de façade

Soyons clairs d’emblée : si vous avez aimé la proposition initiale du Remake, cette extension ne va pas bouleverser vos habitudes, elle va les densifier. La nouveauté la plus marquante réside indéniablement dans l’introduction du système de « Tournants Stratégiques » (Turning Points). Là où le jeu de base souffrait parfois d’un ventre mou lors des campagnes prolongées, avec des tours qui s’enchaînaient mécaniquement, cette mécanique vient injecter une dose d’imprévu bienvenue. Ces événements majeurs ne sont pas de simples scripts narratifs ; ils modifient dynamiquement le plateau de jeu. Une invasion barbare soudaine ou une alliance inattendue peut désormais faire basculer une partie qui semblait jouée d’avance. Cela force le joueur à sortir de sa zone de confort et à réagir à chaud, brisant la monotonie du « clic-fin de tour » qui guettait les vétérans.

Le RPG au service de la Grande Stratégie

L’autre ajout majeur, ce sont les « Gemmes » et les nouveaux traits de caractère. Koei Tecmo a bien compris que la force du huitième épisode résidait dans son aspect « Play as All Officers » (jouer n’importe quel officier). L’extension pousse le curseur RPG encore plus loin. Les Gemmes ne sont pas de simples buffs statistiques ; elles ouvrent des commandes spécifiques selon votre rôle. En tant que Gouverneur, avoir accès à des outils pour « huiler » les relations sociales change la donne, tandis qu’un Tacticien pourra manipuler l’ordre des actions de manière plus agressive. On sent une volonté de rendre chaque rôle (du simple officier au souverain) unique, et cela fonctionne. La progression de votre personnage gagne en saveur, et on se surprend à vouloir recommencer une partie juste pour tester une autre carrière avec ces nouveaux jouets.

Une immersion enfin à la hauteur (ou presque)

Il faut saluer l’arrivé tant attendue des voix chinoises intégrales. Pour les puristes de la période des Trois Royaumes, c’était une hérésie de jouer avec le doublage japonais par défaut sur un titre aussi ancré dans l’histoire de la Chine. L’immersion fait un bond en avant colossal. Entendre les diatribes de Cao Cao ou la bienveillance de Liu Bei dans leur langue « natale » (ou du moins, dans un mandarin théâtral) ancre définitivement l’ambiance. Côté technique, le mélange 2D/3D reste propre, bien que l’interface conserve cette rigidité austère typique des productions Koei. On regrette toujours l’absence d’une carte du monde ouverte et fluide à la manière d’un RotK XIII ou XIV, le jeu restant très compartimenté dans ses menus.

L’IA : Le talon d’Achille persiste

Cependant, tout n’est pas rose au royaume des Han. Le plus gros grief que l’on pouvait formuler contre le jeu de base est toujours présent : l’Intelligence Artificielle. Bien que l’extension promette plus de « mordant » via les nouveaux scénarios, l’IA reste souvent trop passive, voire suicidaire dans ses décisions diplomatiques. En bataille, elle peine encore à gérer les situations complexes que le joueur humain peut créer grâce aux nouvelles options tactiques. On se retrouve souvent à « rouler » sur l’ennemi une fois les mécaniques maîtrisées, et les « Tournants Stratégiques », s’ils ajoutent du chaos, ne compensent pas toujours le manque de répondant tactique de l’ordinateur en fin de partie.

Ce Destiny and Strategy Expansion Pack est, sans surprise, la pièce manquante du puzzle. Il transforme un remake honnête en un jeu de grande stratégie-RPG très solide et chronophage. Il ne convertira pas les réfractaires au genre, ni ceux qui sont allergiques aux tableaux Excel déguisés, mais pour le fanatique de la période ou l’amateur de gestion historique, c’est un ajout quasi indispensable. Il ne manque qu’une IA plus féroce pour atteindre l’excellence.

J’aime

  • Le système de « Tournants Stratégiques » qui brise enfin la monotonie des campagnes.

  • L’ajout des voix chinoises, indispensable pour l’immersion historique.

  • La profondeur RPG accrue grâce aux Gemmes et aux nouveaux traits.

  • La richesse des nouveaux scénarios fictifs qui offrent des « what-if » passionnants.

  • La direction artistique toujours aussi sublime, mélangeant ink-wash painting et modernité.

  • Une durée de vie colossale pour qui veut tout voir.

J’aime pas

  • L’IA toujours en deçà, souvent trop passive ou illogique.

  • L’interface encore trop statique et austère, on navigue beaucoup dans des menus.

  • Le prix de l’ensemble (Jeu de base + Extension) qui commence à peser lourd.

  • L’absence de carte du monde « ouverte » qui nuit au sentiment de grandeur géographique.

  • Certaines mécaniques de combat qui deviennent répétitives sur le long terme.

Note Finale : 16/20

Le jeu et ses DLC sont par ici : 

https://store.steampowered.com/app/2288150/ROMANCE_OF_THE_THREE_KINGDOMS_8_REMAKE/

CATEGORIES

Jeux Vidéo|Test

No responses yet

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *