Depuis la démocratisation massive du télétravail, la solitude du freelance ou du salarié en « home office » est devenue un sujet récurrent. Si Discord ou Slack comblent le vide communicationnel, il manquait un espace qui capture l’essence de la présence partagée sans la lourdeur d’une réunion Zoom. C’est là qu’intervient OnTogether: Virtual Co-Working, un titre développé par GigaPuff qui tente le pari audacieux de gamifier votre productivité. Loin d’être un jeu au sens classique du terme, il se présente comme un compagnon de route, un « tamagotchi » de bureau sous stéroïdes qui lorgne du côté d’un Animal Crossing épuré pour vous aider à boucler vos dossiers.

Dès les premières minutes, la direction artistique séduit par son approche « cozy » assumée. On y incarne un avatar, largement personnalisable, qui évolue sur une île aux teintes pastel. L’ambiance est résolument « chill », portée par une esthétique douce qui n’agresse pas l’œil, un point crucial pour un logiciel destiné à tourner des heures sur un second écran. Le cœur de l’expérience repose sur le « body doubling », cette technique consistant à travailler en présence de quelqu’un d’autre pour stimuler sa concentration. Le jeu permet de rejoindre des salons publics ou privés, de s’installer à un bureau virtuel et de voir son personnage s’affairer (écrire, dessiner, coder) en même temps que nous. L’illusion de présence fonctionne étonnamment bien : voir les avatars des autres en mode « focus » crée une émulation collective passive très efficace, brisant l’isolement sans imposer d’interaction sociale forcée.

Côté utilitaire, OnTogether ne se contente pas d’être joli. Il intègre une suite d’outils de productivité basiques mais fonctionnels : une « to-do list », un journal et surtout un minuteur Pomodoro synchronisé. L’interface est pensée pour la flexibilité, permettant de réduire le jeu en une barre latérale ou en mode « sticker » transparent pour qu’il ne gêne pas votre workflow réel. C’est là que le titre tire son épingle du jeu : il réussit à être omniprésent sans être envahissant. Les phases de pause (les « breaks » du Pomodoro) incitent à lâcher son vrai clavier pour s’adonner à des mini-jeux simples comme la pêche ou le basket, ou simplement pour aller papoter autour d’un feu de camp virtuel. Ces interludes ludiques rythment la journée de travail et offrent une vraie coupure mentale, bien plus saine que de scroller infiniment sur les réseaux sociaux.

Cependant, tout n’est pas parfait au pays de la productivité mignonne. En tant que « jeu », le contenu reste logiquement limité. Si vous cherchez un gameplay profond, passez votre chemin ; les mécaniques de pêche ou d’exploration sont rudimentaires et servent uniquement de prétexte à la détente. D’un point de vue technique, on peut regretter que l’optimisation ne soit pas encore irréprochable pour un logiciel censé tourner en tâche de fond. Sur des configurations modestes (ou des laptops de bureau aux ventilateurs capricieux), le jeu peut consommer plus de ressources qu’un simple minuteur ne le devrait, ce qui est un comble pour un outil de travail. De plus, sa dépendance à Steam peut être un frein pour ceux dont les ordinateurs professionnels sont verrouillés par les départements IT, limitant son public aux freelances et aux étudiants.
OnTogether: Virtual Co-Working réussit son pari de rendre le travail solitaire moins austère. Il ne révolutionne ni le jeu vidéo ni le logiciel de productivité, mais il crée une hybridation charmante entre les deux. C’est un espace bienveillant qui transforme la discipline du travail en une expérience collective douce. Pour peu que vous soyez sensible à l’esthétique « lo-fi » et que vous cherchiez une motivation externe pour vos sessions de révision ou de rédaction, l’investissement (en temps et en quelques euros) en vaut la chandelle. C’est un petit bonbon numérique qui ne vous fera pas travailler plus vite, mais qui vous fera certainement travailler mieux, ou du moins, avec le sourire.
J’aime
-
L’ambiance visuelle et sonore très réussie (« cozy vibes »).
-
Le système de « body doubling » qui motive réellement à travailler.
-
Les modes d’affichage flexibles (overlay, sidebar) parfaits pour le multitâche.
-
La gamification du Pomodoro qui rend la méthode moins rigide.
-
La personnalisation poussée de l’avatar et de l’espace de travail.
J’aime pas
-
Les mini-jeux un peu trop simplistes et répétitifs à la longue.
-
L’optimisation parfois gourmande pour une application de fond.
-
Nécessite Steam, ce qui l’exclut de beaucoup d’ordinateurs d’entreprise stricts.
-
Quelques rigidités dans les animations des personnages.

No responses yet