Avec ce quatrième volume de Shelter of Love, Rie Aruga confirme son talent pour dépeindre les fêlures humaines avec une sensibilité à fleur de peau. Si l’autrice nous avait habitués à une narration émotionnellement dense avec Perfect World, elle franchit ici un nouveau cap dans la maturité scénaristique en intégrant une dimension temporelle et sociétale qui ancre profondément son récit dans notre réalité contemporaine. Ce tome marque un tournant décisif dans l’œuvre, opérant une ellipse audacieuse qui rebat les cartes de la relation entre Yoru et Tenjaku. 

L’intrigue reprend dans un contexte lourd et inédit : la pandémie de Covid-19. Loin d’être un simple artifice narratif, ce choix de toile de fond amplifie le sentiment d’isolement et d’incertitude qui traverse le volume. La disparition de Tenjaku, survenue en plein cœur de cette crise mondiale, résonne comme une métaphore brutale de l’effondrement des repères. L’ellipse de trois ans qui s’ensuit permet d’observer l’évolution de Yoru, désormais étudiante à Tokyo. Ce saut dans le temps est géré avec finesse ; il ne sert pas seulement à faire grandir les personnages physiquement, mais à exposer les stigmates invisibles laissés par l’abandon. Yoru semble avoir avancé, construit une vie d’adulte en apparence stable, mais l’autrice parvient, par des jeux de regards et des silences pesants, à montrer que l’absence de l’être aimé reste une plaie béante, impossible à cautériser.

Sur le plan graphique, Rie Aruga livre une prestation impeccable. Le trait est toujours aussi délicat, mais il gagne en assurance, notamment dans la représentation des décors urbains de Tokyo, qui contrastent avec l’atmosphère plus étouffante du foyer des débuts. La mise en scène insiste beaucoup sur la solitude de Yoru au milieu de la foule, utilisant des plans larges pour souligner sa petite taille face à l’immensité de la ville et de ses tourments. L’expressivité des visages reste le point fort de l’artiste : chaque sourire de façade de l’héroïne semble cacher une détresse que seul le lecteur est invité à percevoir, créant une empathie immédiate et puissante.

Ce quatrième opus continue de creuser le sillon social cher à la série. Au-delà de la romance contrariée, Shelter of Love reste un drame poignant sur la précarité et la manière dont la société échoue à protéger ses enfants les plus vulnérables. La réapparition de Tenjaku ou du moins l’ombre de son existence, promise par le résumé, injecte une tension dramatique nécessaire qui relance l’intérêt au moment où le récit risquait de s’installer dans une mélancolie contemplative. La rencontre inattendue mentionnée agit comme un catalyseur, promettant de faire voler en éclats le fragile équilibre que Yoru s’est efforcée de bâtir.

Ce tome 4 est une réussite qui prouve que le shojo (ou josei selon la lecture qu’on en fait) peut s’emparer de sujets d’actualité brûlants pour enrichir sa trame romantique. C’est un volume de transition, certes, mais une transition essentielle qui transforme une histoire d’amour de jeunesse en une fresque plus adulte sur la résilience et la quête d’identité. Rie Aruga maîtrise parfaitement son rythme, alternant moments de douceur et rappels cruels de la réalité, pour offrir une lecture dont on ressort le cœur serré, mais impatient de découvrir la suite. Un indispensable pour les amateurs de drames réalistes et psychologiques.

 
Type de publication: Manga
Prix: 8.05 €

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