Dans la jungle saturée du roguelite deckbuilder (merci Slay the Spire), il est difficile de se démarquer. Pourtant, le duo de Clumsy Bear Studio réussit un tour de force avec Hungry Horrors. Le concept est d’une simplicité géniale : au lieu de massacrer les monstres, vous devez les nourrir. Ce simple changement de perspective transforme totalement la dynamique habituelle du genre, remplaçant l’agression par une gestion de crise culinaire aussi stressante que jouissive.
Dès les premières minutes, la Direction Artistique frappe fort. On est sur un pixel art « hand-crafted » de très haute volée, avec une ambiance qui oscille parfaitement entre le conte de fées gothique et l’horreur folklorique britannique. Les créatures, tirées du véritable folklore celte et anglo-saxon (comme la terrifiante Jenny Greenteeth ou le Dullahan), ne sont pas de simples sacs à PV. Elles ont une personnalité, une « gueule », et surtout des exigences gastronomiques précises. L’interface, qui mime un livre de cuisine ancien, renforce cette immersion. Musicalement, les thèmes accompagnent l’action avec une justesse qui rappelle les meilleures productions indés, tantôt mélancoliques, tantôt oppressants lorsque l’ennemi se rapproche dangereusement.
Le cœur du jeu repose sur une mécanique de « combats » au tour par tour où votre deck est constitué de recettes et d’ingrédients. Là où Hungry Horrors brille, c’est dans la profondeur de son système de cuisine. Il ne suffit pas de jeter une carte « Attaque » ; il faut préparer le bon plat pour le bon monstre. Certains ont des fringales de salé, d’autres détestent le sucré, et ignorer ces préférences peut vous coûter cher. La gestion de la « faim » de l’ennemi remplace sa barre de vie, et le voir avancer case par case vers votre personnage (la Princesse) installe une tension palpable. Si vous ne le rassasiez pas à temps, c’est le Game Over immédiat. Cette mécanique de « distance fatale » force à prioriser les menaces immédiates tout en préparant des combos complexes pour les tours suivants. C’est tactique, intelligent et ça demande une vraie réflexion sur la construction de son deck.
Comme tout bon roguelite, la mort fait partie de l’apprentissage. Chaque run permet de débloquer de nouvelles recettes, des ustensiles (qui agissent comme des reliques) et d’en apprendre plus sur le lore fascinant du jeu. La rejouabilité est assurée par la variété des builds possibles : allez-vous vous spécialiser dans les desserts lourds qui « assomment » l’estomac, ou dans les petits plats rapides pour gérer le flux ? L’équilibre est déjà remarquablement solide pour un titre aussi jeune, et la courbe de progression est satisfaisante : on sent vraiment qu’on devient un meilleur chef (et survivant) à chaque tentative. On notera aussi une écriture pleine d’humour so british, qui dédramatise la situation macabre avec finesse.
Hungry Horrors n’est pas juste « un autre jeu de cartes ». C’est une réinterprétation brillante et thématique du genre. En fusionnant l’urgence de la survie avec le plaisir de la création culinaire, il offre une expérience fraîche, addictive et visuellement superbe. Si vous aimez la stratégie et que l’esthétique sombre vous parle, c’est un incontournable.
J’AIME
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L’originalité du concept « Nourrir plutôt que tuer » qui change vraiment la façon de jouer.
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La Direction Artistique en pixel art, absolument sublime et pleine de charisme.
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L’ambiance sonore et musicale qui colle parfaitement au thème « gothique cozy ».
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L’utilisation intelligente du folklore britannique et irlandais, ça change de la fantasy générique.
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La profondeur stratégique des recettes (combos d’ingrédients, gestion des goûts des monstres).
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L’humour noir omniprésent dans les descriptions et les dialogues.
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Une interface claire et agréable, même quand le jeu se complexifie.
J’AIME PAS
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Certains pics de difficulté un peu brutaux sur les premières runs (le temps d’apprendre les recettes).
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On aimerait encore plus de variété dans les décors (biomes) pour casser la routine visuelle sur le long terme.
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Quelques moments où la RNG (hasard du tirage) peut être frustrante si on n’a pas les bons ingrédients au bon moment.
NOTE FINALE : 17/20

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