Avec Zange, Santa Inoue effectue un retour fracassant dans le paysage du manga francophone, nous livrant une œuvre viscérale qui s’inscrit parfaitement dans la collection WTF?! des éditions Akata. Ce premier tome pose d’emblée les bases d’un récit étouffant où l’horreur du quotidien bascule brutalement dans la violence pure, rappelant la maîtrise de l’auteur pour dépeindre les tréfonds de l’âme humaine et les dérives de la société moderne.
L’intrigue s’ouvre sur une scène d’une banalité déconcertante mais chargée de tension : un trajet en métro, lieu de transition par excellence où la fatigue collective invite habituellement à l’indifférence. C’est dans ce huis clos roulant que Kiyoshi Katô, un salarié quinquagénaire ordinaire, commet l’acte citoyen, presque héroïque, d’intervenir face à un individu perturbateur. Ce geste, qui devrait être salué, devient le catalyseur d’une descente aux enfers immédiate. Inoue joue habilement avec nos nerfs en transformant un fait divers potentiel en un cauchemar éveillé, brouillant la frontière entre le thriller psychologique et le slasher débridé.
Graphiquement et narrativement, ce volume se distingue par une mise en scène que l’on pourrait qualifier de cinématographique. Le découpage est millimétré, imposant un rythme qui ne laisse aucun répit au lecteur. L’auteur parvient à créer une immersion totale, nous forçant à devenir les témoins impuissants de cette nuit d’horreur. Le trait est incisif, capturant avec une précision clinique les expressions de terreur et la folie meurtrière qui s’empare des protagonistes. La violence, bien que crue et qualifiée de gore, n’est pas gratuite ; elle sert le propos d’une critique acerbe de l’apathie sociale et de la fragilité de nos existences routinières.
Ce premier tome de Zange est une lecture éprouvante mais captivante, recommandée à un public averti capable de supporter une tension extrême. Santa Inoue signe ici une œuvre sans concession qui interroge notre rapport à l’autre et à la violence urbaine, confirmant son statut d’auteur incontournable pour les amateurs de récits sombres et percutants. C’est un démarrage puissant qui promet une série aussi dérangeante que mémorable.

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