On ne va pas se mentir, lire ce manga, c’est un peu comme regarder un accident de voiture au ralenti : c’est terrifiant, malsain, mais impossible de détourner le regard. Ce quatrième tome confirme que Kyo Yoneshiro est passée maître dans l’art de nous servir du malaise relationnel sur un plateau d’argent. Si vous pensiez que votre vie sentimentale était compliquée, rassurez-vous, celle d’Ichimatsu et Hiyori atteint des sommets de toxicité qui feraient passer n’importe quelle rupture douloureuse pour une promenade de santé chez les Bisounours.
L’intrigue reprend pile après le fiasco de l’opération de sauvetage de la petite sœur, et ce volume marque un tournant. On quitte un peu le côté « plan foireux digne d’un film de série B » pour plonger les deux pieds dans le drame familial bien glauque. Hiyori est plus déterminée que jamais à détruire sa mère, et honnêtement, cette femme est l’une des antagonistes les plus fascinantes et détestables croisées récemment. Ce qui est brillant ici, c’est l’humour noir qui suinte de chaque page. On rit, mais c’est ce rire nerveux qu’on a quand on réalise que le héros, ce pauvre Ichimatsu, est complètement piégé dans une toile dont il ne comprend même pas la moitié des fils. Il continue de suivre son ex comme un toutou obsédé, et le décalage entre ses fantasmes romantiques et la réalité sordide de la vengeance est savoureux.
Visuellement, c’est là que le piège se referme. Le dessin est d’une propreté clinique, presque chirurgicale. Les personnages sont beaux, les décors sont nets, et cette clarté contraste violemment avec la noirceur du propos. On a des visages angéliques qui sortent des horreurs psychologiques, et cette dissonance cognitive est gérée à la perfection. C’est « propre » au sens strict, mais c’est sale à l’intérieur, et c’est exactement ce qu’on demande à ce genre de titre.
Ce tome 4 ne relâche pas la pression. Il approfondit la psychologie (dérangée) des personnages tout en nous baladant entre thriller et comédie de mœurs sous acide. C’est tordu, c’est beau, et on en redemande, preuve que nous sommes probablement aussi masochistes qu’Ichimatsu.

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