Sorti de nulle part sur Steam, Forks and Daggers tente le pari risqué de bousculer le genre ultra-codifié de la déduction sociale. Oubliez les réunions interminables autour d’une table ronde ; ici, la trahison se règle à coups de poêle à frire et de pièges sournois. Après plusieurs heures passées à retourner le manoir dans tous les sens, le verdict est sans appel : c’est un immense oui.
Dès les premières minutes, le titre de Brightvoid Interactive impose son ambiance : c’est le chaos, et c’est voulu. Là où ses concurrents misent tout sur la parlotte, Forks and Daggers intègre une dimension physique jouissive qui change totalement la donne. Le concept est familier (des serviteurs doivent accomplir des tâches pendant que des assassins tentent de les éliminer), mais l’exécution en vue à la première personne apporte une frénésie inédite. Le génie du jeu réside dans l’utilisation du décor : tout est une arme. On ne se contente pas de cliquer sur un bouton « kill », on balance des chopes, on active des pièges environnementaux ou on jette ses collègues dans la cheminée. Cette physique « ragdoll », souvent hilarante, transforme chaque meurtre en une scène de crime burlesque qui déclenche immanquablement des fous rires en vocal.

Le tour de force du jeu est d’avoir réussi à briser la malédiction de l’ennui post-mortem. Habituellement, être éliminé dans un jeu de déduction sociale est synonyme de temps mort et de frustration. Ici, revenir sous forme de chat ou de rat permet de continuer à peser sur la partie. Harceler les vivants, renverser des objets pour créer de la confusion ou aider secrètement ses alliés offre une seconde lecture du gameplay particulièrement gratifiante. La direction artistique, avec son style cartoon médiéval coloré, sert parfaitement le propos en rendant l’action lisible malgré le désordre ambiant. Techniquement, le jeu tient la route, même si le moteur physique occasionne quelques bugs de collision qui, loin de gâcher l’expérience, rajoutent souvent au comique de situation.

Cependant, Forks and Daggers n’est pas exempt de tout reproche. Son orientation « Party Game » radicale en fait un titre dépendant quasi-exclusivement de votre carnet d’adresses. L’expérience en solo ou avec des inconnus sans micro perd une grande partie de sa saveur, car la coordination et la mauvaise foi orale sont le moteur du fun. De plus, on sent que certaines cartes sont plus propices au camping pour les assassins, nécessitant encore un léger équilibrage. Mais ne boudons pas notre plaisir : c’est frais, c’est drôle, et c’est probablement le meilleur défouloir coopératif de ce début d’année.
Forks and Daggers ne se contente pas de singer ses illustres aînés, mais parvient à revitaliser le genre de la déduction sociale avec une audace rafraîchissante et une énergie communicative. C’est une véritable ode à la fourberie et à la camaraderie qui, pour peu que vous ayez une bande de potes prête à en découdre, s’impose comme un indispensable immédiat de votre ludothèque pour transformer de simples sessions de jeu en souvenirs mémorables de trahisons hilarantes.
Ce qu’on aime :
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Le mélange génial entre enquête et baston physique.
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La possibilité d’utiliser tout le décor comme une arme.
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Le gameplay « post-mortem » (chat/rat) qui garde tout le monde actif.
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Les fous rires garantis entre amis grâce au moteur physique.
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Une direction artistique cartoon très propre et lisible.
Ce qu’on aime moins :
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Intérêt très limité si on y joue seul ou sans vocal.
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Quelques collisions hasardeuses (bien que drôles).
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Une courbe d’apprentissage un peu raide sur la géométrie des cartes au début.

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