Après les révélations glaçantes des deux premiers tomes, ce troisième opus marque un tournant pour Coralie (l’alter ego de l’autrice). Le récit s’ouvre sur un choc : la lecture de son propre dossier médical. Ce qu’elle y découvre dépasse l’entendement et confirme ses pires craintes sur la gestion de son cas par le corps médical.
Mais Lost Memory ne veut pas s’enfermer dans le statut de victime. Ce tome 3 est celui de la tentative de reconstruction par la passion. Coralie décide de reprendre le contrôle de son destin en intégrant une école d’arts. Le défi est immense : comment suivre un cursus exigeant quand son corps, meurtri par les douleurs chroniques et les séquelles opératoires, refuse de suivre ? Entre la découverte d’un nouveau milieu social et la lutte quotidienne pour simplement « se tenir debout », l’héroïne entame un parcours du combattant, cette fois-ci hors des hôpitaux.
Si vous avez lu les précédents volumes, vous connaissez la tonalité de Numéro Invalide : c’est brut, sans filtre et souvent révoltant. Ce troisième tome ne déroge pas à la règle, mais il apporte une nuance bienvenue. On sort (un peu) du huis clos hospitalier pour explorer l’impact du handicap dans la vie « normale ». L’autrice réussit brillamment à retranscrire le décalage entre Coralie et les autres étudiants.
La force de ce manga réside dans sa capacité à transformer la colère en pédagogie. Lost Memory ne se contente pas de raconter son histoire ; elle dénonce un système systémique (errance médicale, validisme, déni de la parole du patient). Dans ce volume, la confrontation avec le dossier médical agit comme un électrochoc pour le lecteur. C’est un moment de lecture difficile, presque oppressant, mais nécessaire pour comprendre la légitimité du combat de l’autrice. On est loin du récit larmoyant ; c’est un témoignage de guerre.
Graphiquement, le passage du format webtoon au format manga papier continue de payer. Le trait, bien que parfois épuré, gagne en expressivité. Les visages, souvent marqués par la détresse ou une fatigue extrême, contrastent avec les moments de création artistique qui apportent quelques bouffées d’oxygène. L’utilisation des noirs et blancs souligne l’aspect binaire de son monde : la douleur contre l’envie de vivre.
Indispensable et percutant. Numéro Invalide continue de s’imposer comme une œuvre d’utilité publique. Ce tome 3 élargit l’horizon en montrant la difficulté de la réinsertion sociale quand le corps médical a failli. C’est dur, c’est rageant, mais c’est surtout un hymne puissant à la résilience. À lire absolument, en gardant à l’esprit que ce n’est pas une fiction, mais la réalité de milliers de patients.

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