Avec la parution imminente du second volet de 37 Seconds le 21 janvier 2026, les éditions Akata confirment une nouvelle fois leur statut de leader sur le segment du manga sociétal. Après un premier volume introductif qui posait les bases d’un quotidien étouffant sous la coupe d’une mère surprotectrice, ce tome central opère une bascule narrative radicale. Adapté du film primé de la réalisatrice HIKARI, ce manga dessiné par Yohei Kurihara ne se contente pas de transposer une œuvre cinématographique ; il en sublime l’intériorité pour offrir une réflexion poignante sur l’autonomie et le désir. 

L’intrigue reprend là où le lecteur avait été laissé, au lendemain d’une escapade nocturne décisive dans le quartier chaud de Kabukicho.Si le premier tome était celui de la soumission, ce deuxième opus est indéniablement celui de la rupture et de l’affirmation de soi. Yuma, jeune mangaka atteinte de paralysie cérébrale, ne se contente plus de subir son destin. Fortifiée par sa rencontre avec le trio iconoclaste composé de Maï, Kuma et Toshiya, elle entame une véritable reconquête de son existence. Ce changement de paradigme est traité avec une finesse psychologique remarquable : l’émancipation ne se fait pas sans heurts, et la confrontation avec le cocon familial devient inévitable. La violence psychologique qui émane de la relation mère-fille atteint ici son paroxysme, illustrant parfaitement la frontière ténue entre l’amour maternel et l’étouffement toxique.

Ce qui frappe particulièrement dans cette suite, c’est la justesse et l’audace avec lesquelles est traitée l’appropriation du corps. Loin des clichés misérabilistes ou aseptisés trop souvent associés au handicap dans la fiction grand public, le récit aborde frontalement la question de la sexualité et de la féminité. Yuma veut expérimenter, ressentir et s’habiller comme elle l’entend, transformant son corps, jusqu’alors perçu comme un objet de soins médicaux, en un sujet de désir et d’expression artistique. Cette quête d’expérience, motivée initialement par ses ambitions professionnelles de mangaka, devient rapidement le moteur d’une révolution personnelle. Le manga réussit le tour de force de rendre ces thématiques universelles : le combat de Yuma est celui de n’importe quel jeune adulte cherchant à couper le cordon pour trouver sa propre voix.

Sur le plan graphique, Yohei Kurihara accomplit un travail d’orfèvre pour traduire l’intensité du jeu d’acteur du film original. Son trait, à la fois réaliste et expressif, capture les non-dits et les silences pesants qui rythment les scènes domestiques, contrastant brillamment avec l’énergie chaotique et libératrice des scènes extérieures. Le dessinateur ne cherche jamais à gommer le handicap de l’héroïne, mais l’intègre avec un respect anatomique et une fluidité qui renforcent l’immersion et l’empathie.

Ce deuxième tome de 37 Seconds est une réussite totale qui dépasse le simple cadre de l’adaptation. C’est une œuvre nécessaire, brute et lumineuse, qui bouscule les tabous avec une intelligence rare. En attendant le dénouement dans le troisième volume, cette lecture s’impose comme un indispensable pour tout amateur de seinen social, rappelant avec force que la liberté n’est jamais donnée, mais qu’elle doit s’arracher, quel que soit le corps que l’on habite.

Série : 37 Seconds
Type de publication : Manga
Prix : 8.30 €

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Mangas

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