Le concept de base de Trillion: God of Destruction est aussi simple qu’il est effrayant : vous devez terrasser un boss unique disposant d’un trillion de points de vie. Vous incarnez Zeabolos, le Grand Seigneur des Enfers, vaincu par ce monstre dévoreur de mondes et recousu de justesse par une nécromancienne faustienne. L’originalité du titre ne réside pas seulement dans ce chiffre astronomique, mais dans la gestion inéluctable du temps et de la mort. Vous ne combattez pas Trillion d’une traite, mais par cycles, en entraînant successivement six candidates, les Overlords représentant les péchés capitaux, pour qu’elles aillent se fracasser contre le dieu de la destruction. C’est une prémisse audacieuse qui mélange le raising sim à la Princess Maker avec le RPG tactique, le tout enrobé d’une esthétique anime typique des productions Idea Factory et Compile Heart.

La structure du jeu repose essentiellement sur la préparation minutieuse de vos combattantes avant l’affrontement fatidique. Vous disposez de plusieurs semaines pour entraîner votre protégée, augmenter ses statistiques et lui apprendre des compétences passives ou actives. Cette phase de gestion est cruciale car elle détermine la durée de survie face au boss, mais elle peut rapidement devenir redondante pour ceux qui cherchent de l’action immédiate. Il faut jongler entre la fatigue, les interactions sociales pour renforcer les liens et les sessions d’entraînement pur et dur. Bien que l’interface soit claire, la répétitivité des menus et des mini-événements aléatoires finit par peser sur le rythme global de l’aventure, transformant parfois le jeu en un tableur glorifié où l’on cherche l’optimisation mathématique plus que le frisson de la découverte.

L’aspect « Visual Novel » occupe une place prépondérante et constitue paradoxalement l’une des plus grandes forces du titre. En passant du temps avec les Overlords, on découvre des personnalités bien plus nuancées que les stéréotypes de base ne le laissaient présager. Le jeu joue habilement avec nos émotions en nous forçant à nous attacher à des personnages que nous envoyons sciemment à l’abattoir. Chaque mort n’est pas une fin en soi, mais une étape nécessaire pour affaiblir Trillion, la candidate mourante pouvant lancer une attaque dévastatrice ou sceller une partie du corps du boss pour faciliter la tâche de la suivante. C’est une mécanique narrative et ludique cruelle à laquelle on ne s’habitue jamais vraiment, créant une tension dramatique rare dans ce type de production.

Les combats contre Trillion, bien que ponctuels, tranchent radicalement avec la monotonie de l’entraînement. Ils se déroulent sur une grille tactique où chaque déplacement compte, le boss ayant des zones d’effet gigantesques qu’il faut anticiper. Le système de « Points d’Affection » agit comme une seconde barre de vie et de mana : tant que votre candidate a de l’affection pour Zeabolos, elle ne prend pas de dégâts physiques et peut utiliser ses compétences sans coût. Cela renforce la synergie entre la phase de drague et la phase de combat. Cependant, la lisibilité de l’action est parfois brouillée par une caméra rigide et des effets visuels qui saturent l’écran, rendant certaines morts injustes alors que la stratégie était bonne.

D’un point de vue technique, le portage PC est fonctionnel mais trahit ses origines modestes de jeu PS Vita. Les textures sont parfois baveuses sur un grand écran et les animations des sprites 2D, bien que charmantes, manquent de fluidité lors des attaques spéciales. La direction artistique sauve les meubles avec un character design soigné et des illustrations expressives, mais les environnements de combat sont répétitif et manquent cruellement de détails. On sent que le budget est passé dans les doublages (excellents en japonais) et les artworks des personnages plutôt que dans la modélisation 3D des décors qui font datés même pour l’époque de sortie.

La bande-son accompagne honnêtement l’action sans pour autant marquer les esprits durablement, avec des thèmes orchestraux grandiloquents pour les combats et des mélodies plus douces pour les phases de dialogue. On regrettera cependant un manque de variété dans les thèmes d’entraînement, ce titre qui demandent beaucoup de patience aurait mérité une ambiance sonore plus riche pour casser la routine. Les bruitages restent classiques pour du J-RPG de niche, efficaces mais sans grande envergure. Heureusement, le doublage intégral des scènes clés renforce l’immersion et l’attachement aux tragédies qui se jouent à l’écran.
Trillion: God of Destruction est une expérience singulière qui ne plaira pas à tout le monde. C’est un jeu de niche par excellence, exigeant, parfois austère dans ses mécaniques de grind, mais émotionnellement impactant pour qui accepte de s’investir dans son cycle de mort et de renaissance. Si vous cherchez un RPG classique, passez votre chemin, mais si l’idée de gérer le sacrifice ultime pour sauver le monde vous intrigue, c’est un jeu que j’ai apprécié pour son audace et son cœur, malgré ses errances techniques et son rythme en dents de scie.
J’aime
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Le concept original des 1 000 000 000 000 HP à descendre.
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Le système de sacrifice des Overlords, cruel mais génial.
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La dimension émotionnelle surprenante pour un jeu du genre.
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Le mélange réussi entre gestion, Visual Novel et T-RPG.
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La rejouabilité avec le New Game+ et les différentes fins.
J’aime pas
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La phase d’entraînement très répétitive à la longue.
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La caméra parfois capricieuse lors des combats contre le boss.
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Une part d’aléatoire frustrante dans la progression des stats.

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