C’est au détour du Steam Next Fest que j’ai lancé Fatherhood, presque par hasard, sans me douter que ce titre indépendant développé par Persis Play allait me laisser une telle marque. Loin des superproductions militaires où l’on incarne un soldat surarmé, ce jeu prend le parti pris risqué mais saisissant de nous placer dans la peau de Basir, un père civil qui tente de survivre au chaos. Si la formule rappelle inévitablement This War of Mine ou Valiant Hearts, la proposition ici est unique : votre fille, Asma, est aveugle. Dès les premières minutes, l’ambiance est posée, lourde, oppressante, et ce premier chapitre ne fait pas de cadeau au joueur.

Ce qui frappe immédiatement, c’est l’intensité des sentiments que le jeu parvient à véhiculer à travers ses mécaniques. Le gameplay n’est pas un simple prétexte ; il sert la narration. Devoir tenir la main de sa fille pour la guider à travers les décombres crée un lien viscéral, presque palpable. La mécanique du « câlin » pour la rassurer lorsque les bruits de la guerre deviennent trop terrifiants est une trouvaille brillante qui humanise pixel par pixel ces deux silhouettes perdues dans la tourmente. La tension est permanente : il ne s’agit pas seulement de se faufiler hors de vue des soldats ennemis dans ce side-scroller en 2.5D, mais de gérer le stress d’un enfant qui ne voit pas le danger, mais l’entend décuplé. Chaque décision, comme choisir de soigner un inconnu ou de garder ses maigres ressources, semble avoir un poids moral écrasant, même sur une session aussi courte.

Techniquement, pour une production de cette échelle, le résultat est une excellente surprise. La direction artistique opte pour un style low-poly épuré mais très maîtrisé, jouant sur des contrastes forts entre l’obscurité des ruines et des jeux de lumière parfois saturés qui soulignent la violence ou l’espoir. C’est « très correct » comme tu le soulignes, mais c’est surtout artistiquement cohérent. L’environnement raconte une histoire à lui seul, et l’ambiance sonore, faite de bruits de pas étouffés et d’explosions lointaines, participe grandement à l’immersion. On sort de ce premier chapitre avec la gorge nouée et une seule envie : connaître la suite du voyage de Basir et Asma, tout en redoutant ce qui les attend.

Une entrée en matière poignante. Si Fatherhood parvient à maintenir cette tension émotionnelle et cette qualité de réalisation sur la durée, il pourrait bien être l’une des pépites narratives de l’année. À surveiller de très près.

Si vous souhaitez soutenir le développement de cette œuvre poignante et aider Basir et Asma à atteindre la fin de leur voyage, la campagne de financement participatif est accessible juste ici : https://www.kickstarter.com/projects/persisplay/fatherhood.

J’aime

  • La mécanique de tenir la main et de rassurer sa fille, qui crée une empathie immédiate.

  • L’atmosphère sonore et visuelle, très soignée pour une production indé.

  • La tension permanente du gameplay d’infiltration, rendue plus stressante par la vulnérabilité de l’enfant.

  • Les choix moraux qui semblent avoir un impact réel sur le déroulement.

  • Une narration environnementale subtile qui évite les longs discours.

J’aime pas

  • La frustration inhérente au format démo : ça s’arrête alors qu’on est pleinement dedans.

  • Quelques rigidités dans les animations lors des phases de plateforme.

  • L’interface utilisateur (UI) un peu austère qui mériterait un petit coup de polish avant la sortie finale.

Note Provisoire : 16/20

 

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